Nom
Prénom
E-mail
Adresse
CP
Ville
Tél
toutes Boursedirect Fortuneo Binck EasyBourse
2.8 bourse_250x250_décembre

L’irrationnel peut prendre le pas sur les faits

Le marché actions a joué la semaine passée pleinement la partition de notre dernier point de marché hebdomadaire, en tout cas pratiquement en totalité le titre et la conclusion.

Le titre, « le marché joue l’Europe contre Wall Street », avec la poursuite de la baisse du Dow Jones alors que le CAC40 résistait, et la conclusion, qui était d’accorder une priorité absolue au suivi graphique du Dow Jones en raison de ses conséquences notables potentielles sur le CAC40, avec un indice parisien qui a fini par flancher également.

Ce différentiel d’évolution n’est pas forcément évident à la lecture des derniers scores hebdomadaires des 2 indices. En complément des 2 comparatifs sur des durées longues présentées la semaine dernière, ci-dessous figure la sur-performance du CAC40 depuis l’été par rapport à l’indice américain.

On perçoit ici encore plus nettement la lourdeur récente du Dow Jones et la résistance du CAC40, notamment pendant les 5 séances qui ont suivi celle du 7 novembre où a eu lieu la plus forte baisse annuelle du Dow Jones.
Ce n’est qu’en toute fin de semaine, que le Dow Jones a réussi à reprendre un peu d’altitude, le CAC40 affichant en fait hors séance à l’heure de la clôture de Wall Street environ 3369 points.

Alors que les opérateurs se préparent pour la saison des ventes de noël à l’occasion de Thanksgiving (la grande fête de la consommation ce jeudi où Wall Street sera fermée, habituellement favorable à la bourse) et ensuite pour accueillir les premiers indicateurs avancés de la croissance en fin de mois et début décembre, l’ambiance reste au debriefing de la saison des résultats du 3ème trimestre.

Une inconnue reste dans beaucoup d’esprits. C’est en fait la nouveauté de cette saison des résultats des sociétés cotées US et la donnée qui augmente l’incertitude sur les résultats du 4ème trimestre et qui va influencer grandement ceux du 1er semestre 2013.

La première des craintes des sociétés du S&P500 ne porte plus sur l’Espagne ou l’Italie, quoi qu’elles restent sur ces sujets à des niveaux élevés, mais largement plus sur la fiscal cliff, la falaise budgétaire américaine au 1er janvier.

L’étude de Bank of America reprise dans une émission sur Bloomberg TV cette semaine visible ci-dessous en est l’illustration. Elle se passe de commentaire quant à l’inversion des préoccupations de part et d’autre de l’Atlantique. Si c’est une nouveauté dans l’histoire des saisons de résultats, il ne s’agit absolument pas d’une surprise pour les lecteurs de bourse.fm qui ont été préparés depuis le 1er semestre à l’élévation continue de ce risque, ici en bleu, qui culmine désormais comme la première des incertitudes ou angoisses pour près d’un quart des sociétés du S&P500.

En résumé, alors que le marché n’a pas encore totalement tiré toutes les conclusions des grandes annonces de cet été en Europe, notamment du fait d’inconnues qui subsistent en Grèce et en Espagne, l’incertitude se focalise sur l’Amérique et sa question budgétaire.

En clair et de manière raccourcie, ce sont les déclarations des 2 camps, Démocrates et Républicains, qui réconfortent ou attisent les nerfs des opérateurs et beaucoup moins celles émanant de Grèce, d’Espagne, d’Italie, de Bruxelles, Paris et Berlin. La réaction épidermique du marché aux politiques a franchi l’Atlantique. Le vocabulaire utilisé, plus dissimulé, ne parle pas franchement de risques souverains comme en Europe, mais il s’agit bien à l’horizon de la même question.

La voix de la raison en pareille circonstance peut être d’anticiper de manière fondamentale une prorogation des mesures fiscales qui arrivent à terme. C’est la solution communément admise. Le jeu peut être aussi d’en faire un débat politique. C’est la manière dont on le vit.

Mais en bourse, la question est tout autre et n’a rien à voir avec cela. Elle devient émotionnelle et des sur-réactions peuvent apparaître. La question immédiate n’est pas tant ce qui sera décidé finalement (cela le sera pour le long terme) mais comment la bourse va réagir dans cette période d’incertitudes où l’impasse politique se perpétue de jour en jour.

« La bourse aime le blanc ou le noir, pas le gris ». Wall Street peut devenir totalement irrationnelle en de telles circonstances.
Il ne s’agit pas d’en rajouter mais 2 autres éléments sont également perturbants. Il convient d’en prendre conscience.

Le premier est lié à l’ouragan Sandy, qui a fait exploser à la hausse les inscriptions au chômage. L’événement est connu mais les conséquences sur un grand nombre de publications, notamment en terme de production industrielle, a chamboulé les anticipations et le consensus des économistes. Des surprises peuvent donc apparaître et le marché pourrait évoluer à tâtons pendant plusieurs semaines, le temps de revoir des données lissées dans lesquelles les conséquences de l’ouragan ne se ferait plus sentir. Attention ici à la perte momentanée de repères.

En deuxième lieu et comme amené depuis des mois par petites touches, au fur et à mesure du ralentissement mondial et des ajustements réalisés dans la douleur en Europe, toute une série d’éléments fondamentaux sont apparus en dégradation en dehors de l’Euroland.
Le Royaume-Uni a déjà été cité, la Chine très fréquemment.

Pour d’autres exemples très récents, la semaine passée, l’Irlande a vu la perspective de sa note souveraine rehaussée de ‘négative’ à ‘stable’ par l’agence Fitch Ratings.

Au contraire, le Japon a dissous sa Chambre des Députés, et attend le 7ème gouvernement en 6 ans seulement, pour pouvoir, entre autres, autoriser l’État à émettre de nouvelles obligations destinées à financer les déficits. L’instabilité politique y est aussi importante avec des questions du même ordre qu’ailleurs.

La question des déficits et des dettes publiques est ainsi dans l’antichambre pour devenir vraiment globale.

Le suivi graphique du CAC 40 et du Dow Jones reste donc une priorité absolue.

Pour le premier, l’alerte baissière lancée par l’îlot de renversement est désormais renforcée par la sortie baissière du diamant. Après quelques atermoiements la semaine passée dus au support ascendant intermédiaire (vert / pointillés), la rupture est actée sous 3400-3380.
Dans le voisinage de la MM200, quelques acheteurs pourront se manifester mais ce n’est qu’au-dessus de 3400 points que le courant acheteur pourra réellement s’asseoir.

Sous 3295 points, la dynamique baissière a le potentiel d’être relancée avec le support en ligne de mire.

En théorie, l’objectif d’un diamant est obtenu par le report de sa hauteur au point de sortie (ou à partir de sa base) mais en pratique, il convient de tenir compte de la configuration générale. La sortie quelque peu problématique la semaine passée du diamant en raison d’un support vient d’en donner une bonne illustration à titre de rappel.

Le risque en extension est ainsi de voir le CAC40 développer un couloir horizontal entre 3600 et 3000, avec renvoi sur cette dernière borne basse sous 3295 points.

En ce qui concerne le Dow Jones, la tendance haussière long terme est désormais en danger. La moyenne mobile à 20 mois, neutre, entre en opposition avec la tendance en place depuis mars 2009.

Dans l’immédiat, l’attention se portera sur 12755 points, niveau sous lequel tout rebond restera purement technique après la récente chute.

Gilles Caye



Gilles Caye
l'analyse de la semaine

Chaque semaine, je reviens sur les
évenements boursiers de la semaine
écoulée et sur les perspectives de la semaine boursière à venir
Les semi-conducteurs et les banques boudent...

Les opérateurs ont démarré la semaine du 10 au 14 décembre dans l'inquiétude concernant la crise politique en Italie. Le retour de S.Berlusconi sur la scène politique a de fait réduit à néant le soutien de son parti, le PDL, à Mario Monti, l'actuel chef de gouvernement. Ce soutien politique étant défaillant, la coalition qui soutient le gouvernement Monti vient donc de sauter, déclenchant la démission du chef du gouvernement après le vote du budget. Coup de théâtre majeur...
17/12/2012
Gilles CAYE, diplômé de l'ESSCA et de l'Université de Dublin, a été banquier pendant 11 ans au CIC. Il est également écrivain et auteur de l'ouvrage « j'apprends la bourse à ma mère » et du blog Apprendre la bourse.